Les Camarguais deviendront-ils des déplacés environnementaux ?

Entrevista a Didier Olivry, directeur du Parc Naturel Régional de Camargue, publicat al portal digital Lactu.fr el passat 8 d’octubre, per Paul Ferrier.

Montée de la mer, crise des apports sédimentaires du Rhône, beaucoup d’experts s’accordent à dire qu’il n’est plus qu’une question de temps pour que le delta du Rhône redevienne un espace marin. C’est pour préparer les réflexions autour de cette problématique ici, mais également sur d’autres parties du littoral méditerrannéen que la région PACA organise ce mardi 9 octobre un colloque à l’hôtel de Région à Marseille.

Ce sera sans doute l’enjeu humanitaire de demain. D’après les estimations, le changement climatique en cours, accompagné de la montée des océans et d’accidents climatiques de plus en plus nombreux, devrait engendrer plus de 250 millions de personnes déplacées pour causes environnementales dans le monde d’ici 2050 . Aujourd’hui aucun statut juridique ne protège ces personnes et il est ici grand temps de se poser la question. Depuis des années, la sonnette d’alarme est tirée par les scientifiques. On entend dire que les Saintes Maries de la Mer, la station balnéaire camarguaise, serait amenée à disparaitre. Fantasme ou réalité?

Des déplacés environnementaux en Camargue, il faut s’y préparer?

On a fait des simulations là-dessus en Camargue avec des scientifiques qui travaillent sur les situations des Pays-Bas et de Londres qui sont aussi menacés. Ce sont des cas d’école, mais on voulait réfléchir à comment on pouvait préparer les populations à cet évènement qu’est la montée des eaux. D’ailleurs ce sujet était un des axes forts de réflexion pour la nouvelle charte du Parc. On considère au Parc qu’il faut redonner de la liberté au fonctionnement du Delta. La priorité, c’est de donner des espaces de liberté à la mer et au Rhône. Alors forcément les habitants des zones concernées sont mécontents car eux voulaient que le Parc les protège. Car en effet la Camargue recule de manière importante, 4 à 5 mètres par an. On a une montée progressive de la mer et les terres s’enfoncent. On a donc, c’est vrai, plus de risques en Camargue qu’ailleurs de vivre ce problème. Aujourd’hui, c’est surtout lors de tempêtes que la mer entre dans le delta par deux endroits notamment au niveau du phare de Beauduc, où l’eau rentre sur 2000 hectares. La Camargue redevient un espace marin. Mais à l’heure actuelle, il n’y a pas de déplacés environnementaux.

Quand on dit que les Saintes-Maries-de-la-Mer pourraient être entourées d’eau, voire submergées dans les décennies à venir, fantasme ou réalité?

Pour l’instant, ce n’est pas une réalité mais une menace réelle. Si ce n’est pas une réalité aujourd’hui, c’est que le village est protégé, c’est une forteresse. Mais on pourrait l’imaginer comme un Mont Saint-Michel à l’envers car en ce moment même, il y a une érosion importante. Mais pour protéger le village, le SYMADREM (Syndicat mixte d’aménagement des digues du Rhône et de la Mer, ndlr) consacre plusieurs millions d’euros.

On peut imaginer que les 2500 habitants des Saintes-Maries-de-la-Mer soient obligés de partir, deviennent des réfugiés climatiques?

Difficile de le dire à ce jour, ce sont des phénomènes assez lents. Aujourd’hui les aménagements réalisés mettent le village à l’abri. On va continuer à mettre de l’argent pour le protéger. Mais c’est difficile d’imaginer ce qui va se passer.

Le maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, Roland Chassain, refuse de nous parler à ce sujet prétextant que la presse fait toujours dans le catastrophisme à ce propos. Il nous renvoie sur le rapport qu’il avait écrit, commandé en 2009, par la ministre Chantal Jouanno. Mais le cabinet de Roland Chassain, que nous avons eu au téléphone, refuse l’idée d’un village menacé par la submersion.

Ce rapport de Roland Chassain ne conteste pas le phénomène, mais c’est vrai qu’il minimise les enjeux. A chaque fois que cette question de la menace qui pèse sur le village est abordée, les journalistes vont aux Saintes Maries de la Mer qui est une station balnéaire mondialement connue. Alors on peut comprendre que le maire protège ses intérêts économiques et touristiques.

Ce n’est pas dangereux de minimiser un tel risque?

Si, ça pourrait être dangereux, mais comme je vous le disais aujourd’hui, le village des Saintes est plutôt bien protégé. Mais quand on a l’impression d’être protégé par des digues, dans les faits et on l’a vu ailleurs, on est protégé jusqu’à ce qu’elles cèdent.

D’un point de vue personnel, vous achèteriez une maison aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec un crédit sur 20 ans?

(rire) Je ne sais pas. En fait on aurait bien lancé avec le Parc une expérimentation de maison adaptée à la submersion temporaire. Des constructions sur pilotis par exemple. Mais on n’a pas eu l’autorisation. Avec le Plan de Prévention des Risques d’Inondations (PPRI), il y a maintenant des normes de construction très strictes. On doit construire avec des zones refuges, les planchers doivent être au-dessus de trois mètres. C’est quasi impossible de faire du neuf, mais à la limite tant mieux pour le village des Saintes Maries de la Mer qui reste assez homogène dans son urbanisme.

Après la tempête Xynthia qui avait fait en 2010 47 morts sur la côte atlantique française, le Président Nicolas Sarkozy avait promis de créer dans les trois ans un Plan de Prévention des Risques de Submersion Marine (PPRSM), qui viendrait se rajouter au PPRI. C’est aussi une proposition du rapport de Roland Chassain. Aujourd’hui quasiment 3 ans après, qu’en est-il de ce PPRSM?

Il est en panne, rien n’a avancé. Normalement ça devrait être obligatoire mais sur ce genre de dossier qui bloque l’urbanisme, les élus locaux sont très réfractaires.

Et pour l’Observatoire du Golfe du Lion, là aussi une demande du rapport de Roland Chassain?

C’est pareil, c’est en panne. Mais dans les faits, nous le Parc et le Cerege (Centre de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement, ndlr) nous effectuons les missions qui auraient dû lui être confié. Mais c’est vrai que pour ces dossiers, avec la conjoncture actuelle, ce sont les manques de crédits qui calment les ardeurs de l’Etat.

C’est donc le manque de moyens qui empêche la mise en place d’actions pour protéger la Camargue d’une submersion. Est-ce que la Camargue a le temps d’attendre que des moyens se débloquent?

Notre stratégie au Parc concernant la montée des eaux, ce n’est pas de lutter absolument contre. Sur ce territoire, il y a un grand nombre de zones où il faut accompagner ce repli des terres. On pourrait le qualifier de repli stratégique. On accepte de reculer, on accompagne la montée des eaux, on ne lutte pas contre la mer, mais on contrôle ses avancées de manière active. C’est une stratégie beaucoup moins onéreuse compte tenu du manque d’argent.

Et pour les Saintes-Maries-de-la-Mer c’est pareil ? On ne lutte pas contre la mer?

Non là ce n’est pas pareil, c’est une zone à enjeux. 2500 habitants, des dizaines de milliers de touristes en été, on considère qu’il faut continuer à investir pour protéger le village. En accompagnant d’un côté et en luttant de l’autre, financièrement c’est une politique qui est tenable.

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